Sur le fil

Sur le fil
Entre une sombre partie d'échec contre la Mort, la psychose d'un professeur de la Sorbonne du XIXe siècle, vous aurez peut-être le temps de traverser le désert en compagnie de marchands mystérieux, de surprendre les activités étranges d'un chauffeur de taxi, ou bien de vivre pleinement la légende de la cathédrale de Canterbury.

IMPERIALDREAM est une association née sous l'impulsion de deux adolescents sous forme de site Internet qui proposait des extraits romanesques déjeunes auteurs. L'objectif premier de l'organisme est de promouvoir les artistes de tout horizon artistique.
Par conséquent, un projet initial fut lancé dans le but de découvrir de nouveaux talents en janvier 2009 : un concours de nouvelles fantastiques. L'organisme a constitué un jury composé d'auteurs déjà publiés, de professeurs de langue française, d'une bibliothécaire et de membres volontaires de l'organisme.
Les cinq heureux auteurs sélectionnés ont connu l'édition à la clef, grâce au soutien de la maison d'édition «Mille Plumes».

Nouvelles et auteurs du recueuil :
"L'Echiquier du Destin" de Hermine Lefebvre
"Psychose" de Romain Debluë
"L'Ombre du Cavalier" de Hélène Destrem
"C'est là que j'habite" de Matthieu Richter
"Cauchemar" de Alexis Bonnefoy

Oui, vous avez bien lu ! Ceci constitue mon premier texte publié !! Je me permets donc indécemment de faire ma propre publicité - et celles des autres auteurs, par la même occasion, tout en redisant encore une fois à tous ceux qui ont contribué l'élaboration de ce livre un très grand merci !!!

Publié aux éditions Mille Plumes (partenaire du projet), le recueil a un format de 13,5*19 cm, 144 pages et un prix de 16, 50 euros.
En vente sur Amazon.com, Chapitres.com (pas encore en stock sur ces deux sites) ou directement sur le site de la maison d'édition (Lien)
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# Posté le dimanche 01 novembre 2009 04:49

Festins secrets, Pierre Jourde

Festins secrets, Pierre Jourde
Dans ce roman, Jourde aborde la déliquescence du système scolaire français à travers le récit d'un jeune enseignant de français progressiste, Gilles Saurat, nommé pour son premier poste dans un sombre et violent collège de province et qui perdra progressivement ses illusions face à des élèves qui ne s'avèrent être que de petites crapules ignorantes. Ce roman à la fois réaliste, avec une dénonciation du tout pédagogique qui a sévi dans les collèges et lycées français ces dernières années et de la complaisance des enseignants face à une violence injustifiable, est aussi une virulente charge contre les hypocrisies de la bourgeoisie provinciale ainsi que la violence de la société française contemporaine qui n'hésite pas à sacrifier ses enfants. Ce récit à la stratégie narrative complexe avec tutoiement au lecteur, remise en cause du pacte auteur/lecteur par un narrateur peu fiable, réalisme qui sombre dans le fantastique fut remarqué à sa sortie et obtint, sauf erreur de ma part, de nombreux prix.

La première phrase :
Il faut que tu parviennes à te souvenir.

La dernière phrase :
"Comme ça", souffles-tu aimablement, "je connaîtrai vos pensées."

Un court extrait :
Le coeur de tes nuits est gagné par le tumulte. Des épouvantes inconnues te dressent sur ton lit, en pleine obscurité. Tu te rendors à l'aube. Tu sortiras en sursaut de ta seconde nuit, la tête lourde, pour t'apercevoir que tu es en retard, que tu as à peine le temps de t'habiller, sans prendre le petit-déjeuner, de sauter dans la voiture froide, encore poisseux de ta nuit épuisante.

Résumé :

Par cette fin d'après-midi d'un début de siècle, tout semble en ordre à bord du direct Paris-Logres : sur une banquette de moleskine aussi orange que possible somnole un jeune professeur aussi progressiste que souhaitable, en route vers son premier poste dans "une obscure sous-préfecture d'un département de forêts et de mines désaffectées".
Parvenu à destination, Gilles Saurat se retrouve en plein "cauchemar du mammouth". Ou comment enseigner les subtilités de la langue et de la littérature françaises à de jeunes brutes tout juste capables d'aligner une cinquantaine de borborygmes. Avec pour seule aide des circulaires de l'Éducation nationale rédigées dans un esprit que n'auraient pas renié Franz Kafka et Edgar Poe associés.
Entre deux mauvais rêves, d'étranges dîners de têtes réunissent des notables adonnés aux ragots, à l'extrémisme politique et aux sciences occultes qui s'efforcent d'initier l'enseignant novice à des plaisirs défendus.
La petite ville où Pierre Jourde a dressé son chapiteau est un condensé effrayant et dérisoire des sociétés contemporaines.

Quand on est un jeune intellectuel équilibré et progressiste, débuter sa carrière dans un collège infesté par la violence et l'antisémitisme pourrait suffire à engendrer des doutes. Il y a pire. Se laisser entraîner dans un cercle de notables provinciaux adonnés aux sciences occultes, à l'extrémisme politique et aux perversions sexuelles. Découvrir le contenu atroce de la bibliothèque d'un collectionneur mystérieusement disparu. Se demander s'il ne va pas revenir demander des comptes. Finir par se croire manipulé, ou possédé. Peu à peu monte l'angoisse d'être parasité par une autre personnalité. Mais laquelle ?

Mon avis :

On connaissait Pierre Jourde pour son talent de pamphlétaire, lors de cette Littérature sans estomac qui sut avec humour et brio donner bien des aigreurs au journal Le Monde et à ses servants, à ces écrivains qui dilatent leur anorexie romanesque avec les boursouflures d'un moi aussi insignifiant qu'exhibé. Le voici qui met enfin ce talent au service du roman. Pierre Jourde n'aura pas persiflé en vain ses contemporains français, il est capable de faire mieux, de lever des " secrets " bien gardés, de nourrir l'appétit de ses lecteurs avec ses " festins " : secrets de polichinelle de l'Éducation nationale, festins érotiques fort troubles pour un roman d'éducation.

Jourde signe encore un coup de force et un coup de maître littéraire. Quel style ! Quelle maîtrise du rythme, de la musique, de l'agencement des mots ! Quelle force dans la mise en scène, dans l'installation d'une atmosphère !
La petite ville de Logres est un condensé ténébreux, effrayant et dérisoire.
Aux limites du réalisme et du fantastique, il se livre à une nouvelle inquisition, à un décorticage de la sexualité moderne, à une satire cruelle du monde éducatif et du monstre médiatique, à une anthologie des mauvaises pensées, à un récit métaphysique sur le Mal, sur le double, sur le diable. Nihiliste jusqu'au bout de la plume, Jourde martèle, brocarde et dénonce la laideur du monde contemporain. Il n'oublie rien ni personne : l'antisémitisme, la perversion, la manipulation politique, la sexualité, l'occultisme, la démagogie, la bêtise, la folie, et toutes les monstruosités humaines. Il brosse des portraits terriblement noirs (et justes...) d'une certaine bourgeoisie de province qui s'adonne aux ragots.
Festins secrets : un pavé de plus de 500 pages qui dégouline de colère, qui suinte, qui poisse, qui exaspère parfois ou qui fait hurler de rire, et qui colle aux doigts. On ne peut le quitter car il aimante salement, grâce à un style oratoire fabuleux, et aussi à ces personnages secondaires comme ces femmes à la personnalité si particulière, si lumineuse dans les ténèbres... Rien n'est laissé au hasard dans ce livre, tout compte, tout travaille : ses zygomatiques aux glandes lacrymales. L'angoisse et le malaise s'immiscent au fil des pages humides en un raffinement esthétique impressionnant.
Ce festin ne sera certainement pas partager par de nombreux convives. Mais Jourde s'en fout, il a l'habitude des coups. Jourde écrit la laideur d'aujourd'hui et, semble-t-il, ne peut s'interdire, malgré les lâches et les coups bas, d'allumer la flamme d'un plaisir raffiné, celui d'une lecture qui sort des grands courants mercantiles. Jourde est un écrivain qui imprime sa marque de fabrique livre après livre, quitte à ne toucher qu'un "petit" public.
Si vous êtes prêts pour un Paris-Logres (prononcez-le à voix haute, vous comprendrez ce qui vous attend) laissez-vous tenter, c'est un plat ténébreux pour gourmet, un plat paradoxalement jouissif.

Superbe histoire aussi impeccable qu'effrayante, ce roman est une réussite totale, brillante, intelligente et dérangeante. Un auteur à découvrir au plus vite et la preuve que la littérature francophone dispose encore de quelques empêcheurs de publier en rond.
A ce titre, Festins secrets est un livre qui ne fait pas que du bien, il rassure...
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# Posté le samedi 10 octobre 2009 09:33

Infinitus

Infinitus
Infinitus

L'Eternité, oui, la profonde Eternité
Là où rien n'est instant, là où rien n'est présent,
Là-bas nous deviendrons, sublime vérité,
Hors de l'être et du temps : Eternel envoûtant !

Viens, mon âme, avec moi fuir l'horloge terrible,
Viens, ma soeur, avec moi fuir ce monde perdu
Dans sa réalité, dans sa triste et terrible
Réalité, noyant le sublime, éperdu.

Eclosion de beauté au milieu des passions
Ephémères de la vie! Douce contemplation
De l'Eternité dans le mouvement de vie !

Oui, tu es tout cela, joyau sans lendemain ;
Je te contemple et sais que mon destin, enfin,
Est auréolé de la clarté assouvie !

# Posté le lundi 07 septembre 2009 09:37

Memoria

Memoria
Eh oui, j'ai re-sombré dans les abîmes de la poésie, voici mon dernier-né :


Memoria

Ô mes morts, cessez donc d'ainsi vous agiter !
Spectres par le passé vomis, régurgités,
Laissez moi oublier, fuir les mânes putrides
De vos hideux visages au front couvert de rides.
Que faites vous ici, droits, parmi les vivants,
Invisibles et pourtant, présents ! Me poursuivant
De vos rires grinçants, de vos regards amers ?
Vous roulez votre écume, ô océans, ô mers !
Mon esprit sur vos flots est un frêle navire
Que vous, morts ineffables, voulez au ciel ravir
Pour l'engloutir dans les abysses du passé.
Que voulez-vous donc pour ainsi me pourchasser ?
Monstres des profondeurs, jamais dans le royaume
Immobile et froid du souvenir qui embaume,
Vous ne m'emmènerez ! Car moi, je suis vivant !
Oui, oui, ombres terribles aux yeux noirs et mouvants,
Je ne dors pas encor parmi les souvenirs !
Que me taraudez-vous, taons me voulant punir ?
Mémoire ! mémoire, es-tu donc un châtiment
Sans fin, ordonné par un dieu sans sentiment ?
Oubli, divinité de l'infini néant,
Laisse moi m'envoler dans ton azur géant,
Laisse moi mollement, dans la béatitude
Que l'on hume, nager dans cette plénitude
Si voluptueuse et dont tu possèdes seul
Le secret salvateur. Emporte moi, Oubli,
Je suis si fatigué, si las, si affaibli.
Ma vie est une mort, ma mort sera naissance.
Je fléchis les genoux, face aux sombres puissances
Du passé surgissant : ces masques grimaçants
Qui apparaissent dans la foule, menaçants.
En grinçant des dents ils me disent : « Souviens toi ! »
Alors, fatalement, l'harmonie se déploie.
Telle une symphonie funèbre, le passé
Résonne dans mon crâne. Alors je crie : «Assez !
Réminiscence obscur, n'as-tu point de clémence ?
Vois ma détresse, vois ma terrible souffrance ! »
Las ! Tout cela est vain, inexorablement,
Dans le gouffre profond je sombre aveuglement,
Entraîné vos bras innombrables, démons !
Je tâtonne, mes pieds glissent sur le limon,
Je trébuche, vous me poussez et me tirez.
Calmez donc vos efforts, vous m'avez déchiré,
Vous m'avez entraîné au pays pétrifié
Du souvenir. Ainsi, me voilà crucifié
Aux murs sombres de la mémoire, cette reine !
Celle qui parmi vous déambule, sereine.
Voyez, je suis à vous, après-en je me meus
Parmi vous tous, dans les limbes de votre lieu.
Vous avez réussi, images décrépites,
Ensemble nous entrons, là où rien ne palpite,
Là où tout n'est plus que silence permanent,
Immuable, infini : terrible arrêt du temps !
Fantômes de l'esprit, goûtez votre victoire,
Me voici, j'entre enfin dans votre purgatoire :
J'ai cédé, plus longtemps je ne puis résister.
Ah ! mes morts, cessez donc d'ainsi vous agiter !
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# Posté le vendredi 21 août 2009 17:07

Où l'on apprend qu'un film peut être mieux que le livre qui l'a inspiré, à condition que ce dernier soit médiocre.

Où l'on apprend qu'un film peut être mieux que le livre qui l'a inspiré, à condition que ce dernier soit médiocre.
Tout est dit dans le titre. Cela arrive, aussi étonnant que cela puisse paraître, des adaptations cinématographiques dépassent le texte source. Mais ici, tout s'explique dans le générique, où l'on peut lire "librement adapté de..." ! Ouf. Merci Mona Achache, d'avoir conservé une certaine liberté vis-à-vis de l'oeuvre que vous avez décidé d'adapter : l'inévitable l'Elégance du Hérisson, de Barbery.
Je vous rappelle succinctement l'histoire, pour ceux qui serait passé à côté du tapage médiatique du bouquin :
Paloma est une jeune fille de 11 ans, très intelligente et néanmoins suicidaire qui, caméra en poche, va nous démontrer qu'elle a pris une grande décision pour son prochain anniversaire.
Madame Michel est une concierge de 54 ans, d'allure bourrue, qui vit, recluse de la société, dans l'immeuble où habitent Paloma et sa famille, cachant sa grande culture littéraire à ses employeurs co-propriétaires de cet immeuble très bourgeois qui ne voient en elle qu'une simple concierge.
Il y a également un vulgaire poisson rouge qui semble s'ennuyer dans son bocal, ce qui ne l'empêche pas de tenir farouchement à la vie, et enfin, un nouveau résident, veuf d'origine japonaise, qui va tenter de mettre un peu de soleil dans cette grisaille...

Comme je l'ai dit : la réalisatrice s'inspire très librement du roman. Elle a donc dû faire un important travail d'adaptation et d'écriture. Ainsi, Mona Achache a supprimé quelques scènes du roman pour en rajouter d'autres en conservant l'esprit de cette histoire. Le journal de bord dans lequel la gamine note ses observations de son monde "bourgeois" et "morbide" est remplacé par un caméscope.

Juste deux mots à propos du livre. A sa sortie, l'humanité s'est partagée en deux camps radicaux. Il y avait ceux qui l'ont sacré plus grand roman de l'année, du siècle peut-être ; et ceux qui l'ont sacré plus grosse merde hypocrite de la décennie. Vainement, je bramait au milieu de ce délire d'hyperboles mon avis : les deux avaient torts. Le livre n'est ni sublime, ni très mauvais, il est simplement banal. D'une banalité à hurler. Mais banal de veut pas dire nul. Il se maintenait au-dessus du cloaque littéraire des rentrées pourries par des Marc Lévy à la prose laxatives... L'ennui de ce livre, c'est qu'il pétait plus haut que son cul, pardonnez-moi l'expression. Une prose alambiquée, des théories philosophiques fumeuses, des considérations sur tout, l'art, la politique, la sociologie, les lettres et j'en passe. A force de vouloir tout embrasser, on fini par survoler.
Heureusement, le film gomme toutes les afféteries du roman, les tournures tordues de la prose de l'auteur ; ses diatribes de culture tartinées comme de la confiture sont rayés, même ses personnages sont plus crédibles, une fois libéré du carcan clichesque dans lequel les avait enfermés Muriel Barbery. Enfin, on respire !
Seul Ozu est encore le bon petit monsieur Japonais, sage et calme, détenteur de la Vérité que nous autres, occidentaux cartésiens et bornés ne pouvons même subodorer. Notons aussi au passage les deux actrices principales, délicieuses et délectables : Josiane Balasko nous campe une merveille de concierge revêche, sans forcer la dose comme dans le livre ; la toute jeune actrice qui interprète Paloma, et dont le nom m'échappe, est excellente dans son rôle de petite surdouée lucide, même si parfois, on retombe dans le gniangnian de l'atmosphère du bouquin, avec sa famille bourgeoise plus-stéréotypée-tu-meurs : elle fonctionne mieux en duo avec Balasko.

En gros, pour tous ceux qui, comme moi, on lu le livre, l'on refermé en se disant "Si seulement elle avait fait mieux...", c'est un film à voir, car tout ce que vous avez rêvé de faire en lisant : déchirer les pages parasites, rayer les théories fumeuses, brumeuse et verbeuses, biffer les trop nombreuses pages du "Journal" de Paloma, gommer les préciosité fatigantes du style ampoulé, tout cela, la réalisatrice l'a fait pour vous !
Un grand merci, Mona Achache !!
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# Posté le vendredi 07 août 2009 16:08