Mozart, encore et toujours lui

Sur la partition, ça n'avait l'air de rien. Le début, simple. Presque comique. Juste la pulsation : bassons, cor de basset... Comme une boîte à musique. Et alors, soudainement, haut perché : un hautbois. Une seule note, tenue, jusqu'à ce que la clarinette la reprenne pour la transformer en une phrase de pur merveille... Ce n'était pas la musique d'un petit singe savant, c'était quelque chose que l'on avait jamais entendu auparavant, c'était la voix de dieu.

# Posté le vendredi 17 avril 2009 16:58

Le désillusionné parle

Le désillusionné parle
J'ai cherché des grands hommes et je n'ai toujours trouvé que les singes de leur idéal.
Ouverture de Stratonice de Etienne Nicolas Méhul
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# Posté le jeudi 16 avril 2009 15:53

La vie est trop courte pour lire de mauvais livres II

La vie est trop courte pour lire de mauvais livres II
Lorsqu'un lecteur avisé ouvre un livre, ce doit être immédiat : il entend la voix de l'auteur ou il n'entend rien. Les premières phrases sont décisives, la virgule mal placée est interdite, l'adjectif mal choisi serait fatal, la faute de goût ne peut pas, ne doit pas être commise. "Longtemps je me suis couché de bonne heure,...", "Aujourd'hui maman est morte.", "Nous étions à l'Etude, quand le Proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois [...]", "Ursus et Homo étaient liés d'une amitié étroite", "Depuis l'aube, le chemin suivait la colline à travers un fouillis de bambous et d'herbe où le cheval et le cavalier [...]", "Dans la salle enfumée, éclairée par les quinquets, il est apparu", etc. On entend tout de suite, il y a voix.
Mais qu'est-ce que cette voix, concrètement ? D'où vient le fait que l'on entende celle de Paul Valéry, mais que l'on puisse retourner un ouvrage de Werber dans tous les sens sans que rien ne vienne nous chatouiller les tympans ? Tout simplement du style. La voix de l'auteur n'est autre que la perfection de son style, le fait que chaque mot soit juste, placé à l'endroit où l'on sent qu'il devait être, parce qu'il ne pouvait être ailleurs et parce que ce ne pouvait être que celui-là. Lorsque nous lisons un beau texte, nous nous délectons d'une beauté que nous n'avons jamais eu besoin de chercher, nous jouissons que ce que nous n'avons jamais eu à convoiter, à désirer ; nous éprouvons une émotion sans désir. Nous admirons une oeuvre qui incarne la quintessence de l'Art, la perfection intemporelle, l'existence émancipée de toute durée, la beauté débarrassée de toute volonté.
Qu'importe l'argument ? Nous attendons uniquement de lui qu'il porte avec cohérence la forme, qu'il soutienne l'édifice esthétique. Pour cela, il faut évidemment qu'il en soit digne. On ne bâtit pas un monument littéraire comme A la recherche du temps perdu sur une histoire larmoyante, mièvre, niaise, simpliste, manichéenne, hollywoodienne, grossière, doucereuse, fade. Il faut, en quelque sorte que l'adéquation soit parfaite, mais pour cela, l'action ne doit jamais prendre le dessus. Un homme doté d'une pinte de sens artistique ne devrait jamais pouvoir, organiquement, viscéralement, terminer un ouvrage uniquement pour en connaître le dénouement, si ledit roman est écrit à la truelle. Le romancier n'est ni un philosophe, ni un politicien et surtout pas un moraliste. L'important, ce qui fait ressortir un écrivain véritable de la masse des falsificateurs, des tricheurs, des faux-monnayeurs du livre, c'est la façon dont il raconte ses histoires. Pour reprendre quelques phrases de Céline qu'il a prononcées lors d'une interview télévisé, donnée vers la fin de sa vie : "Des histoires, il y en a plein les rues, plein les correctionnelles. Tout le monde a des histoires : moi, vous, mon voisin, le boulanger... Ce qui m'intéresse, ce qui fait un écrivain, c'est le style."
Une fois de plus, l'auteur génial du Voyage au Bout de la Nuit, qui considérait La Fontaine comme le plus grand styliste, avait vu juste. L'artiste est un créateur de belles choses, proclamait Wilde avec raison. Pourquoi l'écrivain ferait-il exception ? Peut-être parce qu'il est facile de tricher, en littérature, ainsi qu'en peinture et en sculpture. Le seul art où l'on ne peut absolument pas tricher restera sans doute toujours la musique. En effet, de nos jours tout le monde écrit des livres. Les architectes, les professeurs d'économie, les journalistes de télévision font des romans, les ministres des poèmes. En peinture, tout le monde peut barbouiller un petit quelque chose abstrait et nous inviter au vernissage de ses vingt premières toiles. En sculpture, faire une installation est à la portée du premier venu. Dans chacun des cas, il se trouvera toujours une confrérie de snobs mondains, de bourgeois intellectuels, de pingouins incultes, de pédants au sens artistique atrophié pour se pâmer d'émoi comme s'ils se trouvaient devant le Baudelaire, le Rodin ou le Ingres du XXIe siècle. En revanche, si le premier quidam venu décide de convier ses amis à un récital auquel il a prévu de jouer le vingtième concerto pour piano de Mozart, en ré mineur, (oeuvre sublime s'il en est) alors qu'il n'a jamais pratiqué cet instrument, il en sera évidemment incapable et cela se verra immédiatement. Hélas, malgré l'importance de l'oreille, la littérature ne bénéficie pas d'une telle immunité, de cette merveilleuse soupape de sécurité que possède la musique. Notre époque tendant à falsifier à peu près tout, le monde du livre, n'y échappe pas.
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# Posté le jeudi 16 avril 2009 12:33

La Petite Fille aux Allumettes

Le lendemain matin, cependant, les passants trouvèrent dans l'encoignure le corps de la petite ; ses joues étaient rouges, elle semblait sourire ; elle était morte de froid, pendant la nuit qui avait apporté à tant d'autres des joies et des plaisirs. Elle tenait dans sa petite main, toute raidie, les restes brûlés d'un paquet d'allumettes.

- Quelle sottise ! dit un sans-c½ur. Comment a-t-elle pu croire que cela la réchaufferait ? D'autres versèrent des larmes sur l'enfant; c'est qu'ils ne savaient pas toutes les belles choses qu'elle avait vues pendant la nuit du nouvel an, c'est qu'ils ignoraient que, si elle avait bien souffert, elle goûtait maintenant dans les bras de sa grand-mère la plus douce félicité.

Musique : Nocturne du Quatuor n°2 de Borodine

# Posté le lundi 06 avril 2009 16:28

Ecrasez l'Infâme

Ecrasez l'Infâme
Ça y est, c'est le début de la fin. Notre cher Voltaire peut se laisser aller à un long éclat de rire sardonique mais satisfait, du fond de son cercueil. Nous sommes enfin entrain d'assister à l'écrasement de l'Infâme, c'est-à-dire la religion dans sa pire manifestation. Et le plus cocasse, dans cette affaire, c'est que personne n'y est pour rien, sinon ce pape d'une sainte incompétence qu'est Benoit XVI. L'abcès se crève de l'intérieur, le serpent se mange la queue avec application. En accumulant les déclarations conservatrices, déplacées ou franchement irresponsables, voir imbéciles ou criminelles, le souverain pontife est entrain de donner le coup de grâce à une église dont l'influence s'étiole de plus en plus rapidement. L'Eglise de Rome semble tellement affaiblie qu'il n'est même plus besoin de lui mordre la jambe pour qu'elle s'effondre à bout de force. Pathétiques éructations d'un système dogmatique faisandé, risibles tressautements faméliques d'une institution sclérosé. Qui ne regrette pas ce bon Saint-Bernard de Jean-Paul II ? Il faudrait être fou pour voir en son successeur un quelconque progrès. Régression terrible, au contraire, coup de grâce, agonie, gangrène purulente, le mal est à l'intérieur. Je frémis en pensant à la situation des prêtres intelligents qui sont violemment écartelé entre les propos ridicules de leur chef spirituel gâteux et leurs convictions propres, sans doute à l'opposé des âneries débitées avec une fréquence alarmante par ce pape dont, il faut bien le dire, on se passerait bien.

# Posté le samedi 04 avril 2009 15:13