La Panthère Noire

La Panthère Noire

Une rose lueur s'épand par les nuées ;
L'horizon se dentelle, à l'Est, d'un vif éclair ;
Et le collier nocturne, en perles dénouées,
S'égrène et tombe dans la mer.

Toute une part du ciel se vêt de molles flammes
Qu'il agrafe à son faîte étincelant et bleu.
Un pan traîne et rougit l'émeraude des lames
D'une pluie aux gouttes de feu.

Des bambous éveillés où le vent bat des ailes,
Des letchis au fruit pourpre et des cannelliers
Pétille la rosée en gerbes d'étincelles,
Montent des bruits frais, par milliers.

Et des monts et des bois, des fleurs, des hautes mousses,
Dans l'air tiède et subtil, brusquement dilaté,
S'épanouit un flot d'odeurs fortes et douces,
Plein de fièvre et de volupté.

Par les sentiers perdus au creux des forêts vierges
Où l'herbe épaisse fume au soleil du matin ;
Le long des cours d'eau vive encaissés dans leurs berges,
Sous de verts arceaux de rotin ;

La reine de Java, la noire chasseresse,
Avec l'aube, revient au gîte où ses petits
Parmi les os luisants miaulent de détresse,
Les uns sous les autres blottis.

Inquiète, les yeux aigus comme des flèches,
Elle ondule, épiant l'ombre des rameaux lourds.
Quelques taches de sang, éparses, toutes fraîches,
Mouillent sa robe de velours.

Elle traîne après elle un reste de sa chasse,
Un quartier du beau cerf qu'elle a mangé la nuit ;
Et sur la mousse en fleur une effroyable trace
Rouge, et chaude encore, la suit.

Autour, les papillons et les fauves abeilles
Effleurent à l'envi son dos souple du vol ;
Les feuillages joyeux, de leurs mille corbeilles ;
Sur ses pas parfument le sol.

Le python, du milieu d'un cactus écarlate,
Déroule son écaille, et, curieux témoin,
Par-dessus les buissons dressant sa tête plate,
La regarde passer de loin.

Sous la haute fougère elle glisse en silence,
Parmi les troncs moussus s'enfonce et disparaît.
Les bruits cessent, l'air brûle, et la lumière immense
Endort le ciel et la forêt.

Charles Marie Leconde de Lisle

# Posté le dimanche 08 mars 2009 09:16

Misogynie à part

Sauf la dernière, il s'agit exclusivement de frasques automobiles féminines. A 01:05, regardez bien le temps réel qui s'affiche en bas à gauche de l'écran.
(La musique est à chier, désolé, mais faites abstraction)

# Posté le jeudi 05 mars 2009 10:41

Modifié le jeudi 05 mars 2009 10:52

Félix Mendelssohn

Le Bienheureux est né il y a 200 ans et quelques mois. Un humble et respectueux hommage à ce musicien génial trop souvent sous-estimé et méprisé parce qu'il a eu la chance d'être heureux - du moins jusqu'à la mort de ses parents, puis de sa soeur adorée.
Richter joue les Variations Sérieuses, écrites en l'honneur de Beethoven, véritable hommage à celui qui transcenda plusieurs fois ce genre (32 Variations, Variations Diabelli, etc...). Mendelssohn a-t-il réussi à faire aussi bien ? Possible... Je vous laisse juge.
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# Posté le mardi 03 mars 2009 14:15

Philippe Sollers

Seconde partie d'un entretien avec Philippe Sollers. A partir de 3 minutes trente environ, il se lance dans une digression sur l'art et la musique en particulier. A méditer !

# Posté le mardi 24 février 2009 12:30

André des Ombres, Marie Cosnay

André des Ombres, Marie Cosnay
Attention bijou ! Voilà ce qui devrait figurer sur la couverture de ce livre qui détonne singulièrement au milieu des devantures fangeuses des librairies.
Marie Cosnay est née à Bayonne en 1965. Elle vit et travaille au Pays basque, où elle enseigne les lettres classiques. Elle est aussi traductrice de textes anciens tel que les Métamorphoses d'Ovide. Elle a publié des textes dans les revues Petite, Arpa, Présages, Rivaginaires, Florilèges, Le Nouveau Recueil et La Polygraphe. Outre trois livres à Cheyne depuis 2003 dans la collection Grands fonds, elle a publié chez Verdier et chez Laurence Teper.
Je n'en sais pas plus sur l'auteur, si ce n'est que je ne vais pas m'arrêter à la lecture de seul ouvrage. Ce roman, c'est le roman d'André, arrière-grand-père de la narratrice. Celle-ci, une jeune femme d'aujourd'hui, retrace l?histoire de cet aïeul, qui a fait la première guerre mondiale, qui est parti ensuite comme imprimeur à Addis Abeba, puis qui est rentré en France ouvrir une imprimerie sur la côte atlantique. L'auteur part de ce qui n?a pas été dit et des trous de la mémoire familiale pour reconstituer une suite de scènes frappantes. Scènens qui finissent par former une histoire qui se déroule sur plusieurs générations et croise destins individuels et histoire collective. Ce qui m'a stupéfait tout d'abord, c'est la qualité, la puissance et la finesse de l'écriture de Marie Cosnay, qui n'hésite pas à placer trois verbes dans la même phrase : "Le souvenir écrit travaillé trouvé dans les papiers classés." Elle semble avoir le don de poser les mots justes. C'est peut-être son expérience des traductions latines et grecques qui expliquent la structure et la poésie de sa prose.
"Je tiens dans un coffre très abstrait de mémoire des morceaux de corps (chair abîmée, écarlate, éclatée) crachés par la gorge de mon grand-père". Ou encore : "Ce fut d'ailleurs la seule chose qu'il eût jamais dite de lui, ou que j'eusse de lui jamais entendue."
Chaque centimètre de phrase dit l'exigence de l'auteur. Ses thèmes sont le deuil, la violence, la mise à l'écart et le secret. Ce dernier étant peut-être le maître mot, le fin de mot de la production ! Il est à la source du destin des personnages et de l'écriture. Il est cherché, décliné, exploré dans une approche en spirale qui le reconstitue. Un secret que l?un confie à l?autre, dans la proximité boueuse de la tranchée. Une pelote commence alors de se dévider, au bout de laquelle cla narratrice en personne qui se tient. La honte d'André nait de l'impossibilité de dire une homosexualité d'entre les combats. Le texte est emprunt de lyrisme sobre, presque posé à plat, et pourtant si puissant.
Extrait :
« Il a reçu une confidence du camarade qui depuis la veille se tient à ses côtés. Ils sont à Pont-à-Mousson, leurs quatre mains au-dessus des faibles flammes à sécher la poussière, après qu?ils ont accompagné le capitaine Chanut devant la carcasse de l?avion abattu. Ils ont retrouvé quelques visages, n?avaient pas le goût des questions, celles d?André étaient déplacées, sur le chemin de retour ils ont levé les yeux. Un cheval tordu, projeté, s?accrochait aux branches d?un très grand chêne. Chanut ne s?est pas arrêté. Il a reçu la confidence du grand garçon brun qui se serre et s?est toute la nuit serré contre lui et sa gabardine. Il n?a jamais eu mémoire des prénoms. Ni des jours de la semaine, des moments de la journée. L?orientation lui fait défaut. Un récit, cent fois entendu ou conté, lui manque s?il n?est pris en son commencement. Il ne reconnaît rien aux épisodes si manquent les premiers. Pour trouver un chemin, il fait les mêmes détours que par erreur une première fois. Tel était André. »
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# Posté le samedi 21 février 2009 10:12