Et pourtant non. Rien de vient si ce n'est une suite décourageante d'exercices aussi inintéressants que le feuilleton familial de 20 heures sur M6. On dissèque Baudelaire, Hugo et Valéry, on les ausculte à la façon d'un patricien, on gratte dans les angles, on creuse un peu, on tourne en rond, on s'attarde sur des futilités, on tergiverse, on ergote, on pense un peu mais on réfléchit trop.
Et où est l'art dans tout cela ? En tout cas pas dans ces cours.
La bêtise des programmes scolaires m'avait frappé dès la septième, année au cours de laquelle un professeur m'avait signifié clairement que "La grammaire servait à bien parler et à bien écrire". J'en ris encore, et pourtant je ne m'en suis toujours pas remis. Comment peut-on laisser proférer de telles insanités, de telles inepties en classe de français ? Entendons-nous. Je ne dis pas que c'est faux, mais que c'est proprement inepte. La grammaire est tellement plus que cela ! C'est plus une fin qu'un but en soi. Je vois, pour ma part, la grammaire comme une sorte de voie d'accès à la beauté de la langue. Lorsque l'on lit, on est capable de reconnaître de façon innée une belle tournure, un style artistique. Mais en faisant de la grammaire, on peut avoir accès à une strate différente de la beauté d'une langue. Analyser correctement une phrase bien faite, une phrase réfléchie dans ses moindres détails, c'est la voir nue, découvrir sa complexité fascinante ou sa simplicité déroutante, c'est entrer en elle pour en saisir tous les mystères, c'est accéder à ses tréfonds pour en exhiber toutes les merveilles. La grammaire est une porte qui s'ouvre sur l'infinie beauté des subtilités de la langue.
Bénit soit le professeur qui un jour enseignera cette définition à ses élèves.
Quant aux explications de textes, elles se passent de tout commentaire. Les questions stupides que l'on retrouve trop souvent dans les interrogations ont le dont de m'exaspérer.
"Quels sont les champs lexicaux présents dans ce poème ?"
"Pourquoi l'auteur parle-t-il "des beaux étés passés" et non "du bel été passé"
"Divisez le poème en parties. Justifiez votre découpage"
"En quoi l'utilisation du mot "fuligineux" est-elle significative dans ce contexte symbolico-romantique ?"
Risible. On ne dissèque pas un poème, un passage de roman, une nouvelle, comme un poumon de porc. C'est avec l'âme et non un Bescherelle que l'on lit correctement. Ce n'est pas étonnant que les enseignants français en arrivent à faire étudier Musso et Lévy - la chienlit de la littérature actuelle - pour essayer mollement d'intéresser leurs élèves aux livres. Mais lorsqu'ils auront compris comment parler aux âmes plutôt qu'aux intellects froids et calculateurs alors la véritable littérature reprendra ses droits et les ratés tels que Chapsal, Zeller, Gavalda et consorts seront dûment remis à leur place par le mépris général des cerveaux instruits correctement des choses de la prose et des vers. Alors qu'attendez-vous donc, gardiens de l'instruction, bastions du savoir, détenteurs de la connaissance pour enfin faire plonger vos étudiants dans les abîmes grisants et sublimes de la littérature ?
